Bonjour et bienvenue à une série de billets sur un sujet actuel et très dangereux: Internet, les fournisseurs d’accès (FAI) et leur méchanceté possible et/ou inhérente à la compagnie-mère. Je discuterai ici, avec vous, des dangers qui guettent les utilisateurs du réseau Internet, au Québec comme dans le monde, et possiblement, si je peux bien suggérer, des moyens contre la prise de contrôle du réseau informatique public par les intérêts de magnats de l’information, des communications, et du gouvernement. Je discuterai en premier lieu d’une technologie de contrôle “émergente”, qui sera de plus en plus utilisée par certaines compagnies qui voudraient bien savoir, ou à tout le moins contrôler à leur guise, ce que vous téléchargez. Le terme anglophone est le “Traffic Shaping”, ou, si vous préférez, le “Modelage de Transmission”.
Le traffic shaping est une technologie de contrôle du flux d’information implantée au niveau des serveurs d’accès au réseau, que ce soit chez Vidéotron, chez AEI, chez RadioActif, à l’UQAM, chez Bell, … Et peut même être implanté sur des lignes téléphoniques, si tel est le désir des FAI. Bon, j’avouerai que ça fait un peu ridicule, mais vous comprendrez au fil de mon argument pourquoi je souligne ce point, qui m’apparaît important. Le shaping, donc, permet aux FAI de faire beaucoup de choses avec votre “ligne d’accès” au réseau Internet, et ce, sans savoir ce que vous téléchargez exactement, car cette information serait, en tant que tel, une invasion de la vie privée (par exemple, un zoophile voudrait-il que la FAI sache, et publicise si ça peut se vendre, qu’il est allé à répétition sur le newsgroup alt.binaries.pictures.juments.en.chaleur depuis le début de la semaine? Ça vous détruirait une réputation, non?).
La technique de shaping en soi est relativement simple: à l’aide d’outils de surveillance n’accédant pas aux informations transmises, une FAI peut tout de même détecter un certain modèle de transmission des données, qu’il s’agisse de transmission directe (Web, FTP), de transmission multi-serveurs et/ou partage de fichiers (le protocole Torrent, et les clients P2P, par exemple), ou encore de transmission audio/vidéo, possiblement en Multicast (musique en streaming par ShoutCast, Joost, la IPTV). Avec ces informations, la FAI pourrait, bien simplement, augmenter ou diminuer, selon les politiques internes, la portion de bande passante allouée à tel ou tel type de transfert: par exemple, tout transfert de fichiers par BitTorrent pourrait être déprécié, comme tout transfert de type P2P d’ailleurs; la transmission de VoIP par Skype (pour ne nommer que celui-ci) pourrait être favorisée, tout comme le clavardage simple ainsi que mIRC, en dépréciant toutefois les transferts de fichiers par connexion directe (DCC) par IRC; et les compagnies qui font aussi dans la télédiffusion pourraient décréter un haro sur la télévision par internet (IPTV).
Le grand danger dans tout ça est relativement simple: qu’est-ce qui empêche les FAI de trouver les équations correspondant à du contenu “prohibé” par les têtes dirigeantes, et de tout simplement tuer les flux de données? Par exemple, Québécor, qui contrôle Vidéotron, pourrait bien décider de bloquer tous les téléchargements Torrent, sauvegardant ainsi son service de location de films du SuperClub Vidéotron et sa chaîne de musique Archambault; elle pourrait bloquer les flux de données RSS, augmentant ainsi le trafic vers ses sites web d’information comme Canoe et les portails “recommandés par Vidéotron”; et pourrait très certainement bloquer le IPTV car elle contrôle justement Vidéotron, TVA et LCN, et a beaucoup à perdre côté bande passante pure (le IPTV est TRÈS lourd et coûteux côté transmission de données, surtout pour les fournisseurs) aussi bien qu’en publicités (puisque le IPTV est, jusqu’à un certain point, gratuit et sans le contrôle la bienveillance de Québécor, cette dernière ne peut contrôler les informations à son égard, et ne peut pas non plus récolter l’argent de la publicité, dont les coûts diminueront proportionnellement à son efficacité…). Bref, Vidéotron, dans ces exemples, a beaucoup à perdre.
Bell aussi en a beaucoup à perdre: on n’a qu’à penser au VoIP (Skype, Vonage) qui utilise le net pour passer outre les lignes (et les gros sous) de Bell, et utiliser l’infrastructure du Net pour placer des appels internationaux à moindres frais; on peut aussi parler du IPTV, car Bell, détenant ExpressVu, peut aussi perdre un beau tronçon de revenus.
Il y a bien sûr certains moyens, rares par contre, pour résister au traffic shaping. L’un d’entre eux est Tor, un réseau d’anonymisation de trafic, qui sert entre autres à rendre bien moins décodable l’information circulant à travers le réseau, utilisant entre autres du P2P encrypté entre les ordinateurs, par réseau caché, pour transmettre les données du serveur principal au client. Les autres moyens sont encore en développement, et donc moins accessibles à l’utilisateur final, et je n’en ferai donc pas mention dans mon billet.
Bref, le danger du traffic shaping est bien présent. Il commence même à être utilisé dans le monde, dont aux États-Unis, où, dans mon opinion totalement personnel et biaisé, l’information est une industrie et un loisir. Si le TS venait à se répandre au Canada, et au Québec, nous verrions nos sources d’information impartiales et publiques réduites, tendant au néant, si le TS est implémenté par quelques personnes avec des intentions douteuses. Si je vous ai fait peur avec mon ton alarmiste… ben c’est le but. Dénoncez le traffic shaping, sachez le reconnaître, et ayez peur de la censure technologique. C’est un combat à mener pour la liberté de l’information!
NOTE: je vais remettre cet article en page, il manque une composante à mon blogue ^^;